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Photo [Denys Gagnon] Biographie

— Né à Québec, le 9 juin 1954.

Un souvenir d’enfance ? Chaque fois que nous traversions une forêt, ma mère nous disait, à ma sœur et à moi, que nous traversions la forêt du Petit Chaperon rouge ; ou que nous nous trouvions là où Blanche-Neige s’était égarée. Telle lumière, au loin, annonçait le repaire de l’Ogre féroce, ou alors, la Maison de confiseries qui avait déjà piégé Hänsel et Gretel. Dans le même esprit, nos cadeaux nous étaient offerts, à Noël, par les Sept Nains ou par le Petit Poucet, voire par la Méchante Fée (devenue généreuse en cette occasion), chacun ayant signé d’une encre et d’une écriture différentes la carte qui portait nos noms.


 
— Études secondaires, collégiales, universitaires.

Externat classique Saint-Jean Eudes, Petit Séminaire de Québec, Université Laval : certains professeurs sont restés des maîtres, pour la vie de chaque jour, aussi bien que pour les moments difficiles. Entre tous, Suzanne Paradis, dont la prose, la poésie, et le soutien exigeant m’ont autorisé à écrire. Après tant d’années, le duo qui ouvre : Il ne faut pas sauver les hommes est encore à mes yeux un sommet de toute littérature :

— Tu es rentré trop tard, Yves-Loup.
— Comment l’as-tu su, Dame Sereine ?
— La lune a fondu dans ta chevelure.


 — Séjour à Hauteville-House, maison d’exil de Victor Hugo (1977).

 Être employé par la Ville de Paris, à l’âge de vingt-trois ans, et vivre pendant six mois chez Victor Hugo, à Guernesey (Iles Anglo-Normandes), à titre de guide bilingue : quel bonheur! J’occupais  la chambre de François-Victor, le fils traducteur de Shakespeare. Sur l'immense cheminée, Hugo avait gravé ces mots : EL BVENO ES GRANDE (détail inconnu des touristes, que je partage avec vous).

 
— Premières publications (1981).

Mes contes avaient d’abord été « testés » par mon activité de réalisateur à la station CKRL de Québec, et la prédominance vocale de leur écriture (je ne dis pas même orale) doit certainement beaucoup à la radio par son goût pour la redite et la reformulation. Par moments, les incantations du Village et la ville ou de Haute et profonde la nuit pourraient être chantées, leur prose oubliant, au profit du lyrisme, sa tâche narrative. D’où ce qualificatif de Sorcelleries lyriques, proposé par un ami, et apposé en sous-titre à mes textes.

 
— Enseignement, conférences (1977-1985).

 C’est une chance inouïe d’avoir pu, tout en écrivant, enseigner la littérature et la langue, et mettre en scène avec mes élèves Eschyle et Sophocle, Shakespeare, Hugo, Brecht et Anne Hébert. La bonne fortune ne s’arrêtant pas là, j’ai pu devenir conférencier grâce aux soins incomparables de Renée Devirieux, qui avait fait sien le précepte de Paul Valéry : «  Il n’y a pas de détails dans l’exécution  ».

— Hier déjà, presque aujourd’hui (1985-1990).

Deux années et demie en Saskatchewan. Outre le souvenir d’enseigner aux enfants, des images nocturnes de ciels et d’aurores boréales (qui, là-bas, sont des feux du Nord), et le nom merveilleux de Spiritwood, village assez semblable à celui où je vivais, au milieu de quatre cents personnes. À mon retour, création de Job par un groupe d’élèves en théâtre qui en avait commandé l’écriture, tandis que Prendergast, La Belle et la Bête et la première version de La Sphinx sont joués à Radio-Canada. Du reste, il me semble que Les Sorcelleries lyriques, où le dialogue établit si souvent la progression du geste et le déroulement de l’intrigue, devaient mener mon travail au théâtre, qu’il fût de scène ou de radio.

 
— Chants et silences des trois créatures.

Éblouissement littéraire : le Suédois Pär Lagerkvist (Prix Nobel 1951) qui, notamment dans La Sibylle, interroge avec tant d’acuité la figure du Juif errant. Mon travail auprès des réfugiés, venus chercher asile au Canada, met en lumière, à peu près quotidiennement, ce que Victor Hugo (toujours lui) appelait « les mauvaises actions de la loi ». Intérêt nouveau pour l’art pictural, provoqué par les toiles d’un collègue, Gaetano Marsala, «dont le morcellement granitique nous fait voir que la pierre, et elle seule est de vocation humaine» et par l’apparition d’un élève photographe, Rodrigo Pino. Les proses que suscitent ses Lumières, routes et visages ont fait naître, pour moi, un lyrisme au phrasé plus intime. Élargissements l’horizon, au-dehors comme au-dedans. En témoigneront, je l’espère, les élans prochains de La Sphinx, de Stonehenge et du Tir du Centaure, devenus Chants et silences des trois créatures.

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